Les avantages et les inconvénients de l’école à deux ans selon les experts

Les bénéfices de l’école à deux ans et les conditions nécessaires

Le président Emmanuel Macron a récemment annoncé l’ouverture de l’école maternelle aux enfants de 2 ans dans les quartiers prioritaires à partir de 2027. Cette décision a suscité des débats parmi les psychiatres et les psychologues, qui reconnaissent les avantages de cette mesure, mais seulement dans certaines conditions spécifiques.

La scolarisation précoce : définition et explication

La possibilité de scolariser les enfants dès l’âge de deux ans existe déjà dans certaines écoles maternelles, ce qu’on appelle la scolarisation précoce. Actuellement, la décision d’accueillir ou non les enfants de moins de trois ans revient au maire, en fonction des capacités des établissements scolaires. La scolarisation précoce a été facilitée par la loi d’orientation de juillet 1989, également connue sous le nom de loi Jospin, qui visait à pallier le manque de places en crèche. En 1997, 35 % des enfants de deux ans allaient à l’école maternelle, mais ce chiffre est passé à moins de 12 % en 2017. Parmi les raisons de cette baisse, on peut notamment citer la réduction des postes d’enseignants sous la présidence de Nicolas Sarkozy, ainsi que les inquiétudes exprimées par certains pédopsychiatres, selon lesquelles la scolarisation avant trois ans ne répond pas aux besoins psychoaffectifs de cet âge.

L’âge requis pour l’école maternelle et l’obligation d’inscription en petite section

En France, tous les enfants, qu’ils soient de nationalité française ou non, sont tenus d’aller à l’école de l’âge de trois ans jusqu’à l’âge de seize ans révolus. Il est possible de choisir entre une école publique ou privée, ou bien d’assurer soi-même l’éducation de son enfant.

Les avantages de l’école à deux ans : les arguments en faveur

les-avantages-et-les-inconvenients-de-lecole-a-deux-ans-selon-les-experts

L’école dès l’âge de deux ans peut être bénéfique pour les enfants s’ils sont accueillis de manière appropriée et en tenant compte de leur développement. Cela permet aux tout-petits de développer leurs compétences sociales, leur autonomie et leur langage grâce à l’interaction avec d’autres enfants. De plus, cela répond au manque de places en crèche et à la difficulté pour les parents de trouver un mode de garde lorsque les deux parents travaillent. Cependant, il est important de considérer les autres possibilités de garde et de choisir celle qui convient le mieux à chaque enfant. Certains peuvent être plus à l’aise dans un environnement familial, tandis que d’autres peuvent bénéficier de la socialisation et du développement offerts par l’école dès le plus jeune âge. Une étude de l’Insee a montré que la France fait partie des pays européens où les inégalités sociales ont le plus d’impact sur les résultats scolaires des élèves de 15 ans. Favoriser la socialisation dès le plus jeune âge peut contribuer à réduire ces inégalités. De plus, scolariser les tout-petits peut également garantir au moins un repas équilibré par jour dans certains cas.

Les inconvénients de la scolarisation des enfants de moins de trois ans

Selon le pédopsychiatre Bernard Golse, il n’est pas recommandé d’envoyer les enfants à l’école dès l’âge de deux ans. Il craint que cela ne renforce l’insécurité émotionnelle chez les tout-petits, car ils ont besoin de se sentir en sécurité avant de pouvoir apprendre. Cependant, la psychologue Aline Nativel Id Hammou pense que si l’accueil à l’école est adapté aux tout-petits, il n’y a pas de raison de s’inquiéter. Elle suggère par exemple d’avoir un temps plus long le matin pour permettre aux parents et aux enfants de travailler sur la séparation, avec le soutien de l’équipe éducative. Cependant, elle souligne que si l’enfant a des problèmes d’attachement, cela ne sera généralement pas détecté avant l’âge de trois ans.

Avantages et inconvénients de l’école à deux ans : des critères spécifiques pour les jeunes enfants

Bernard Golse a exprimé ses craintes quant à la généralisation de l’école maternelle à partir de deux ans, affirmant que cela pourrait être une solution de dernier recours en raison du manque de places dans les crèches de qualité, qu’elles soient publiques ou privées. Agnès Florin et Aline Nativel Id Hammou recommandent également que l’accueil des enfants de deux à trois ans à l’école soit similaire à celui proposé en fin de crèche. Il ne suffit pas de simplement faire la même chose qu’avec les enfants plus âgés, mais pour une durée plus courte. Il est important de répondre aux besoins spécifiques de ces enfants, de créer une relation de confiance avec leur famille afin qu’ils puissent évoluer dans un environnement serein, de tisser des liens avec les professionnels de la petite enfance, d’adapter les horaires en fonction des heures de sommeil et des repas, et de gérer les besoins de change si l’enfant n’est pas encore propre. L’année entre deux et trois ans est une étape cruciale pour le développement émotionnel, les relations avec les autres, la compréhension du partage et de la vie en communauté. Cela nécessite une formation adéquate des enseignants et des ATSEM. Bien qu’il n’y ait aucune contre-indication à mélanger plusieurs classes d’âge, avec les plus petits apprenant des plus grands, il est essentiel que les effectifs soient limités. En crèche, il y a en moyenne un adulte pour huit enfants qui marchent. Si toutes ces mesures sont réfléchies, la transition peut se dérouler sans problème. L’année 2027 offre une marge de temps pour mettre en place ces changements de manière appropriée.

Quelles sont les raisons de ne pas se limiter aux établissements en éducation prioritaire ?

Les trois spécialistes s’accordent sur le fait qu’il n’est pas approprié de limiter l’accès à l’école maternelle à deux ans aux seuls réseaux d’éducation prioritaire (REP et REP+). Bernard Golse est préoccupé par le risque d’accentuer les inégalités entre les enfants en fonction de leur scolarisation en REP ou non. Agnès Florin souligne que les enfants vulnérables ne résident pas nécessairement dans des zones REP. Elle insiste sur la nécessité de travailler sur une école inclusive qui ne trie pas les enfants en fonction de critères variés tels que les difficultés sociales et économiques, la taille du logement, l’incertitude liée au chômage des parents, la monoparentalité et les troubles du développement. Elle demande également de considérer les types d’inégalités visées et l’image donnée aux familles des réseaux REP. Aline Natinel Id Hammou constate que si l’objectif de généraliser l’accès à l’école maternelle à deux ans est d’accompagner les adultes dans leur parentalité et de répondre aux besoins des tout-petits, toutes les familles en France en ont besoin.